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18 January 2010

Québec 2 de 2

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QUÉBEC 2 de 2

 

Du journal de bord :

@ 23 juin : On passe la soirée à faire flamber des branches de sapins avec une coupe de centaines d’autres personnes.

@ 26 juin :

Mon maringouin, roi des forêts
Que j’aime ta piqûre
Quand par l’été, bois et marais
Sont infestés, de tes copains
Mon maringouin, roi des forêts
Tu gardes mon groupe sanguin.

@ 27 juin : La route appartient à ceux qui se lèvent tôt.

@ 1er juillet : Que c’est typique le déménagement au Québec.

@ 3 juillet : Départ pour Lévis, ville inconnue (!). On arrête à la traverse pour une entrevue avec Laure pour Canal Vox et le mec de la Nouvelle École.

@ 5 juillet : Opération capture d’énergie. On était supposé partir à Champlain. Décision : rester pour mieux repartir. Personne ne sait qu’on est ici, alors on se repose.

@ 7 juillet : Rencontre de traverseurs du Canada et on a une place où rester à Régina! Dodo dans un site d’info touristique entre deux arbres, toilette quotidienne au lavabo.

@ 8 juillet : Adieu le fleuve, le décor est déjà moins beau.

 

Lundi 11 juillet, jour 41, 1970 km, Ottawa (ON) The BINGO story

Nous avons quitté Champlain pour Berthierville, où nous avons directement dormi au parc de l'information touristique. La température des derniers jours a été idéale, pas trop chaud, avec peu de vent ou même du vent dans le dos. Le lendemain, nous nous sommes dirigés vers St-Canut, subdivision de Mirabel, pour dormir dans un vrai camping, avec une plage de lac artificiel, une foule de saisonniers qui accumulent cossins décoratifs et lumières de toutes les couleurs sur leur terrain, des enfants qui courent partout et bien sûr, de gros moustiques affamés.

(Watch out, what will follow may be difficult to understand for those who are not Quebeckers)

St-Canut, camping les Tropiques, vendredi dernier. Alors que nous nous baladions gentiment vers l'extérieur du camping à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent, on aperçoit une affiche disant: "Vendredi, 20 h, BINGO, BIENVENUES A TOUS" « On va jouer au bingo! » qu'on se crie, quoi de mieux pour redécouvrir sa culture. Alors nous voilà à attendre l'heure fatidique, puis, nous pénétrons dans l'antre de la pitoune.

« - Oh ben, y a d'la beauté icitte à soir!

- Bonjour, qu'on dit gentiment à la dame à la table d'entrée ». Ne savant pas trop comment se grayer du kit parfait du joueur de BINGO, on décide d'acheter des cartes pour 5$ (le kit de base) et d'autres pour 8$ (avec une carte gratuite, wow!) et d'ensuite nous séparer le tout afin de commencer la compétition en bonne coopération. On a pris place à une table, vers le fond, en avant de deux dames jumelles qui avaient déjà installé leurs cartes, coincées entre quelques porte-bonheur forts étranges. Puisque nous n'avions pas amené notre bac de pitounes avec un anneau en fer pour se faire attraper par un bâton magnétique lorsque la partie se termine, outil très prisé parmi les joueurs, notre chère dame d'accueil s’est pressé de nous équiper avec le plus grand des sourires. Nous voilà donc prêt. La foule, composée d'environ 40 personnes, pour la plupart des campeurs saisonniers, discutaient jovialement en attendant l'heure du premier brassage de boules. Anxieux à savoir comment la partie allait se dérouler, on a demandé aux deux dames en arrière comment ça allait marcher.

« - Ca c'est les cartes pour les jeux réguliers. Entre les jeux réguliers, y a des jeux spéciales, ousse qui faut que t'achètes d'autres cartes à une piasse chaque. Tu peux gagner plus d'argent que les jeux réguliers là. Même chose pour le dernier, c'est une piasse la carte, sauf que (avec l'étincelle brillant dans les yeux) tu peux gagner jusqu'à cent piasses.

- Est-ce que le monsieur en avant y va ben vite quand y dit les chiffres?

- Si y va trop vite, t'as juste a lui crier d'aller moins vite. Desfois, y est dur à comprendre, tsé, y a pas d'dents, même nous autres, on est habitué, ça fait 25 ans qu'on joue icitte, pis on a un ti peu d'misère. Mais j'pense pas que vous aller avoir de la misère, quoique pour des débutants, j'trouve que vous avez beaucoup de cartes », finissent-elles avec ce jugement sur nos capacités.

Et le voilà qui arrive, Bill, mangeant fièrement avec ses gencives son hot-dog steamé, ce qui faisait que son menton montait très très haut pour mastiquer ; c'était assez… disons impressionnant.

« - Ces p'tit gars là, que disent les dames de derrière nous à notre cher Bill, c'est la première fois qui jouent, faque sont pas habitués.

- Inquiétez-vous pas, icitte, c'est un bingo de camping, pas les grosses affaires de Loto-Québec, on est là pour s'amuser », nous rassure-t-il malgré le manque d’inquiétude dans nos visages.

Après les tests de son, il s'installe confortablement à sa table et on entend:

« Envoye, brasse les boules! »

Et c'est parti. Les pitounes s'accumulent sur nos cartes, sans toutefois nous faire gagner. Par contre, une madame a gagné trois fois, ce qui n'est vraiment pas juste, elle ne se fera sûrement pas aimer les prochains jours lorsqu’elle se promènera autour du lac artificiel. Enfin, nous pouvons respirer un peu pendant les jeux spéciaux, parce que nous n'avons pas acheté de cartes et nous pouvions ainsi déguster notre réglisse et nos p’tits bonbons tout en appréciant ce spectacle pour les yeux et les oreilles. La fébrilité augmentait, les gens discutaient ou pestaient contre leurs cartes, la fréquence des tics nerveux de la dame face à nous augmentaient proportionnellement avec la quantité de pitounes sur sa carte. Le O69 sortait et on entendait « Ah il était temps qu'elle sorte celle-là » ou on entendait siffler de manière perverse.

« Brasse-les tes boules. Fait ça comme du monde! »
« J'mets dix piasses sua table pis j'vais t'les brasser tes boules, hahaha! »
… et autres de ce genre!

La pause arrive, deux hot-dog sur les gencives de Bill et on repart avec des jeux spéciaux. C'est à ce moment que Mario arrive, jeune homme d'environ 40 ans, sex-symbole du camping par sa belle barbiche noire et sa jeunesse relative, prêt à divertir l'auditoire par ses mimiques et ses blagues plates (encore plus que celles de Mathieu). De retour au jeu régulier, alors qu'il y avait une partie où le prix était de 25$ au lieu de 15$, voilà qu'après le I24, Etienne crie « BINGO!!! J'ai gagné! » Hé non, il n’a pas gagne 25$, mais 8$, parce que deux autres personnes ont crié aussi, et nous avons donc partagé ce faramineux montant que la dame de l'accueil, toute contente, vient me porter en courant par petits pas, comme une souris, ses cheveux noirs aux épaules sautillant à chaque coup.

Ensuite, risquant le tout pour le tout, on met un gros 2 $ sur la table pour les derniers jeux. Mathieu a même eu une carte supplémentaire car son nom a été pigé. Malgré tout, nous n'avons pas eu d'autres gains. La soirée s'est terminée en faisant une heureuse de 100$ et nous sommes retournés à notre tente, nos 6$ en poche, très loin de tous ces campervans et roulottes, tranquille dans la forêt, épuisés comme deux renards ayant chassé toute la journée.

END OF BINGO STORY

 

Le lendemain, nous nous levons dans le but de se rendre au parc de Plaisance, le long de la rivière des Outaouais. Ce matin était spécial puisque l'oncle de Mathieu, Jean-Guy, venait nous rejoindre pour pédaler avec nous un bon 50 km. Rencontre et départ sur une belle route mais avec un tempérament incertain de Dame Nature. Bien sûr, la compétition et Mathieu font bonne paire: après un petit 2 h de vélo à rouler à une très bonne vitesse et à se reposer dans ce qu'on pourrait appeler le siège a mon'oncle (car il nous tirait par la force d’attraction créée par le vortez de son vélo en mouvement et nous aidait à aller plus vite) on a fait nos 50 km en un temps record. Enthousiastes et déterminés, nous avons dit au revoir à notre compagnon de route temporaire et nous décidons de changer notre itinéraire pour se rendre directement à Ottawa, CAPITALE DU CANADA. Nous sommes arrivés à l'auberge de jeunesse vers 18 h, après 154 km de vélo, notre plus grosse journée jusqu’à maintenant.

Maintenant, on joue aux touristes sous un 30 degrés d'humidité et on repart demain!

Etienne et Mathieu

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À propos de ce blogue

Canada en vélo - correspondances 2005

14 décembre 2009 - Il y a quatre ans jour pour jour, mon ami Mathieu et moi revenions d’un voyage qui nous a fortement influencé physiquement, socialement, émotivement : la traversée du Canada en vélo, de St. John’s, Terre-Neuve à Victoria, Colombie-Britannique. Dans une époque où les blogues étaient encore peu connus, où le Web 2.0 et réseaux sociaux étaient des termes inconnus, nous communiquions avec nos proches en courriels de groupe, ou newsletter. Dans un but de rééditer ces courriels avant qu’ils ne se perdent dans le néant, sans cacher le désir de me remémorer une étape importante de ma vie et de la faire connaître aux gens que j’ai connus depuis et ceux qui passeront par ce blogue, vous trouverez hebdomadairement, pour les 15 prochaines semaines, une synthèse des correspondances effectuées et de nos aventures, le tout, bien sûr, agrémenté de photos.

Auteur

Etienne Théroux

J'ai commencé mon voyage à Québec, dans une petite banlieue qui m'a vu grandir. J'ai ensuite, entre autre, étudié en arts littéraires, exploré mon pays à dos de vélo, travaillé au pays des kangourous et j'étudie maintenant... en tourisme, à Montréal. Pour moi voyager c'est vivre des expériences, découvrir des gens et des cultures.

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