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25 January 2010

Ontario 1 de 3

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ONTARIO 1 de 3

 

Octobre 2005 – 2779,63 kilomètres plus loin

L'Ontario était alors le défi du voyage: 2000 kilomètres de forêt. Pour ne pas se tuer psychologiquement, il fallait séparer ce gros morceau en quatre. Il n'y a rien de pire que de ne pas réussir à voir le bout des ses objectifs. Après avoir passé du bon temps à Ottawa et être repassé par le Québec pour entrer plus loin, pour de vrai, dans cette grosse province, nous avons rencontré Conner et Sara, deux des nombreuses personnes rencontrées au cours de ce voyage qui nous ont renseigné, aidé, donné un méchant coup de main, et même accueilli chez eux, avec deux livres de bacon pour déjeuner. C'est en Ontario que notre routine « défait-la-tente-déjeune-pédale-dine-pédale-lave-le-linge-soupe-dort » s'est développée et a acquit de l'efficacité. Eh oui, nous avons maintenant une routine de voyage et cette dite routine nous a amené les concepts d'endurance et de persévérance qui nous a poussé à finir l'Ontario. Faire le tour du Lac Supérieur a été un épisode un peu stressant : c'est à ce moment que nous allions savoir si nous finirions la partie jusqu'au bout; déjà à la moitie du parcours, pas beaucoup de villages, et beaucoup, beaucoup de collines. Ces quelques jours ont été un épisode intense du voyage. Quoique nous nous sentions beaucoup plus soulagés à Thunder Bay, nous avions tout de même hâte de changer un peu de décor.

 

lundi 18 juillet, jour 48, 2352 km, North Bay (ON)

Ah! Quoi de mieux pour dire adieu au Québec que de boire tranquillement dans un parc d'Ottawa, à siroter doucement un peu de Sour Puss fluo à saveur de pommes vertes, enivrés par la musique d'un groupe québécois reconnu mondialement par leurs écrits qui vont rejoindre et apaiser ces pauvres adolescents bourgeonnant de puberté en donnant une cadence entraînante à des textes remplis de questionnement juvéniles (reprenez votre souffle maintenant une virgule arrive, et même mieux, un point virgule); c'est donc bercé par les partitions de Simple Plan que nous avons dit adieu a notre Belle Province de Québec, puisqu'il ne nous restait qu'une centaine de kilomètres à faire en ces terres fleurdelisées.

C'est de bonne heure sur pied que nous avons tout préparé pour notre départ d'Ottawa, sacs, sacoches, petit-déjeuner sur le pouce, nous étions fin prêt à partir. Un gros au revoir à nos nouveaux amis français qui traversent le Canada, eux aussi, en vélo, sauf d'ouest en est, et qui termineront à Montréal, et nous voilà sur la route. Chaleur et humidité était de paire pour cette journée. Nous nous sommes arrêtés pour un petit lunch sous un arbre et nous en avons même profité pour faire une sieste bien agréable. Le reste de la journée a été un charme malgré la chaleur oppressante. À Portage-du-Fort, lieu où nous traversions la rivière des Outaouais pour le côté ontarien, nous avons fait la connaissance de Conner et Sarah qui faisaient un petit voyage de quelques jours à vélo pour visiter leur famille. Ils nous ont offert le repas et le gîte pour la nuit. Difficile de refuser. En arrivant à Foresters Falls, la mère de Conner tend à Mathieu un tue-mouche et lui dit: "Kill the flies if you see one". Ce boulot nous a permis de déguster un gros repas copieux sur Mr. Barbecue sans mouche qui a comblé notre estomac et quelques heures plus tard, nous étions dans nos sacs de couchage au sous-sol de la maison à dormir paisiblement au frais.

Tôt le lendemain matin, réveillé par 4 mouches qui volaient autour de lui, Mathieu est monté à l'étage et est partit à la chasse, alors que Conner préparait le déjeuner. Pendant plus de 30 minutes, il a couru partout dans la maison, tel un chaton à la recherche d’une proie, pour abattre ces mouches qui avaient osé le narguer ce matin. Au total, 23 morts, 2 blessés et une arrestation avec exil à l'extérieur. La maison était maintenant libérée de tout objet volant grâce à Mathieu the Fly Killer. Après cette tuerie, ce massacre gratuit, le déjeuner était fin prêt. Au menu ce matin: café, jus, oeufs, patates et un kilo de bacon. Nous repartons en compagnie de Conner et Sarah pour Petawawa, une petite ville sur le bord de la rivière du même nom agréable à prononcer, lieu de résidence du père de Conner. Nous avons fait avant un petit détour à Pembroke question de prendre quelques biscuits avec la grand-mère de Conner. La maison du père était sur le bord de la rivière, un endroit paradisiaque où nous avons passé le reste de la journée à nous baigner, faire du canot, faire du kayak et encore se baigner. La maison était en rénovation, du grenier jusqu'au sous-sol et il était quasiment impossible d’y entrer. Nous avons soupé sous la pluie, à l'abri sous un arbre en regardant le paysage époustouflant que cette averse nous procurait. Pour le remercier, nous avons aidé le père de Conner à déménager quelques meubles du deuxième étage au jardin. Retour à l'eau pour une dernière baignade et sommeil profond.

Au matin, nous avons dévoré des oeufs brouillés avec du bacon (encore et encore du bacon) pour ensuite dire nos adieux et reprendre la route. Beau message de bienvenue de la part de l’Ontario que cette rencontre. Tout droit vers Mackey maintenant, où nous attendait un petit camping avec une petite plage ou nous avons sans hésité sauté à l'eau pour tester si elle était bonne. La journée suivante, nous avons pris notre dîner sur le bord d'un lac. Une petite séance de bronzage et de baignade (dur dur la vie) et puis départ… non! Une petite crevaison! À qui? Etienne, comme d'habitude. La première depuis 1000 km. Direction Matawa, un village sympathique sur le bord de la rivière du même nom.

Encore une fois, nous nous sommes baigné et nous avons rencontré un Ontarien qui vit a Miami et qui traverse le Canada aussi mais dans le sens inverse au nôtre. Il nous a donné beaucoup de renseignements pour les prochains jours avec son dialecte cool remplis de "dude", "man", "awesome", "you know", "that's the way it is" et de "nice". Un gars vraiment... cool et sympathique. Faudra pratiquer cet accent pour nous assurer un succès en terre anglophone.

Enfin, le lendemain, nous avons pédalé jusqu'à North Bay, où nous restons pour deux jours avant de reprendre la route mardi pour d'autres aventures dans la forêt magique de l'Ontario. Fait à noter qu'il y a beaucoup de communautés francophones ici, et ils se battent plus pour parler français que les gens que nous avons rencontrés dans la région québécoise de l'Outaouais.

Bon maintenant parlons un peu de nous. On vous raconte nos histoires mais nous oublions de dire comment on se porte. Ici, pour les deux, c'est la joie. On relaxe, on fait de l'exercice et on découvre le Canada et ses habitants. On s'entend à merveilles sauf quelques accrochages souvent inutiles et sans importance dû à la fatigue et la proximité obligatoire. La santé est à son meilleure et on garde une forme d'enfer. Inquiétez-vous pas, on ne peut être mieux. Bon maintenant tout le monde est rassuré pour au moins un mois...

Mathieu et Etienne

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À propos de ce blogue

Canada en vélo - correspondances 2005

14 décembre 2009 - Il y a quatre ans jour pour jour, mon ami Mathieu et moi revenions d’un voyage qui nous a fortement influencé physiquement, socialement, émotivement : la traversée du Canada en vélo, de St. John’s, Terre-Neuve à Victoria, Colombie-Britannique. Dans une époque où les blogues étaient encore peu connus, où le Web 2.0 et réseaux sociaux étaient des termes inconnus, nous communiquions avec nos proches en courriels de groupe, ou newsletter. Dans un but de rééditer ces courriels avant qu’ils ne se perdent dans le néant, sans cacher le désir de me remémorer une étape importante de ma vie et de la faire connaître aux gens que j’ai connus depuis et ceux qui passeront par ce blogue, vous trouverez hebdomadairement, pour les 15 prochaines semaines, une synthèse des correspondances effectuées et de nos aventures, le tout, bien sûr, agrémenté de photos.

Auteur

Etienne Théroux

J'ai commencé mon voyage à Québec, dans une petite banlieue qui m'a vu grandir. J'ai ensuite, entre autre, étudié en arts littéraires, exploré mon pays à dos de vélo, travaillé au pays des kangourous et j'étudie maintenant... en tourisme, à Montréal. Pour moi voyager c'est vivre des expériences, découvrir des gens et des cultures.

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